21/08/2005

Quelques mots sur ROBERT VIVIER

     Robert Vivier, combattant de 1914-1918, a évoqué l'étonnante parution, en pleine guerre, d'une revue littéraire Les Cahiers, destinée à aider les soldats à réagir contre l'enlisement intellectuel, à poursuivre leurs études, en même temps à défendre et illustrer la langue française.

     "Vain Eté, cueilleur de roses", avait murmuré Marcel Paquot dans la boue des tranchées, tandis que Louis Boumal, promis à une mort prochaine songeait à un "avril plein d'herbes et de mousse". Robert Vivier fut le confident de ces effusions lyriques, dans le fracas des armes, et il témoigne : "A l'âge où l'on veut savoir ce qu'on est, ce que sont les autres, ce qu'est notre existence dans le monde, le pays du front nous a donné chaque jour et chaque nuit des réponses". Or, pendant sa très longue vie, Robert Vivier, poète, essayiste et romancier n'a cessé de continuer à méditer ces interrogations sur lui-même, sur les autres.

     Le sort a voulu qu'il revive la terrible expérience de la guerre. Son recueil Tracé par l'oubli se termine par cinq poèmes rédigés entre mai 1940 et décembre 1944, qui sont comme autant de cris, "torche de cris à toutes les fenêtres" tandis que "l'arbre éclate / Absurde blancheur, pour le bois frais des cercueils".

     Mais le doux Vivier, hésitant en parole, sûr de lui dans l'écriture, ce distrait attentif aimait se gaver de paysages, analyser leurs structures, faire, au fond, travail de géologue devenu poète. Ce même amour de la nature, il l'a transposé dans un amour des hommes qui ne s'est pas limité à l'expression poétique. Délivrez-nous du mal, étude consacrée à l'Antoinisme, n'en est-il pas la preuve ? Comme il l'a écrit dans l'avertissement de son Essai Frères du ciel, consacré à quelques aventures poétiques d'Icare et de Phaéton : "pour explorer l'empire de poésie (...), on peut prendre plus d'un chemin". Robert Vivier a choisi celui de la solidarité humaine, il invite la pluie à venir brouter l'odeur de l'homme "dans nos mains", il nous suggère d'être "l'arbre où le temps fait escale / Pour se charger de souvenir" et rentrer ainsi "dans un destin très vieux".

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