06/02/2006

Robert VIVIER: Dernière promenade du Père à la source.

Robert VIVIER, Extrait du roman  "Délivrez-nous du mal"

 

  Dans son roman "Délivrez-nous du mal", Robert VIVIER raconte le dernier voyage du Père ANTOINE, quelques semaines avant sa désincarnation.

 

     " C'est pourquoi aussi, une fois ou deux, dans une auto de louage, le Père fit avec Mère une promenade sur les hauteurs,par la route qui traverse les bois, vers La Neu!ville et Nandrin.

     Le 8 de juin, ,ils partirent encore de ce côt-là, accompagnés de deux adeptesz, NIHOUL et DEREGNAUCOURT. Bientôt ils furent sur la hauteur. L'auto roulait loentement à travers les bois. Le ciel était gris.

     C'étaient ces bois où il était passé souvent, où il était venu méditer pendant les années de spiritisme. Alors son oeuvre ne lui apparaissait pas nettement,- il ne savait pas encore quelle sérénité l'attendait au-delà dee la région des épreuves.

     Tandis que le moteur trépidait à petit bruit, ANTOINE laissait errer ses yeux sur l'horizon de la forêt.

     Il ne s'émerveillait pas d'avancer dans une voiture sans cheval, ni de tout ce qu'il y avait de neuf dans le monde depuis les années de sa réclusion volontaire. NIHOUL lui parlait des aéroplanes, qui vont maintenant dans l'air comme les oiseaux.

 Mais il n'y avait guère là de quoi le troubler: il avait vécu dans les usines, lu les livres, il connaissait depuis longtemps de quelles ruses laborieuses l'intelligence est capable. Qu'elle eût enrichi extraordinairement,depuis quelques années, son magasin d'illusions, qu'elle eût planté de nouveaux décors sur son théâtre de matière, c'était sans doute un évènement nécessaire, en rapport avec le progrès bien plus étonnant que la conscience avait fait depuis la naissance du spiritisme et la révélation nouvelle dont lui, ANTOINE, avait l'humble et scrupuleux instrument.

     - L'intelligence peut beaucoup, oui, répondit-il au! frère NIHOUL.

     Et il s'enfonça dans son silence.

     L'air était un peu lourd, ,comme il arrive au mois de juin, et le vieillard avait peine à respirer. Il demanda qu'on s'arrêtât. Les deux adeptes l'aidèrent à descendre. Il but de l'eau d'une fontaine qui était là. Puis il s'assit sur un tronc d'arbre.

     Comme on était tranquille, ici. Les chants des oiseaux, actifs,intarissables, détaillaient sans le blesser le silence du jour. Au sortir de son tuyau rouillé, le filet d'eau de la fontaine glougloutait doucement, et s'apaisait dans un petit bassin sombre. Alentour, l'herbe était lustrée. Les arbres immobiles semblaient couverts depuis l'éternité par l'épaisseur de leurs feuilles...."

21:10 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.