30/07/2007

LA MISERICORDE.

 

LA MISERICORDE :

STADE SUPERIEUR DE LA CHARITE MORALE.

Souvent on a, dans le langage courant, une interprétation bien particulière de la notion de miséricorde.

Pour beaucoup, la miséricorde est un attribut de la Divinité, étant bien entendu que, pour ceux-là, la Divinité est une entité supérieure, extérieure à l’humanité. Une entité toute puissante dont tout découle et pour qui tout se déroule en quelque sorte selon son bon gré, la miséricorde étant une manifestation de ce bon gré, le pouvoir d’accorder son pardon. La miséricorde serait donc un don fait par de DIEU à quelqu’un qui lui a plu.

Selon une autre interprétation, c’est, selon le dictionnaire Hachette « la compassion ( pitié ) éprouvée aux misères d’autrui »ou « le pardon, la grâce accordée à un coupable ». Il s’agit ici d’une manifestation humaine mais calquée, ou plutôt décalquée, sur la définition précédente : à l’instar de DIEU, à l’imitation de DIEU, l’homme doit se montrer miséricordieux. Ici aussi la miséricorde est un don fait par un être humain à un autre.

De toute façon, cette notion est toujours comprise comme une démarche de compassion selon laquelle on se rapproche d’autrui pour supporter moralement avec lui ses malheurs. Selon ces interprétations, cela résulte d’un regard porté sur  quelqu’un d’autre, considéré comme inférieur et envers qui on manifeste de la bienveillance, parce que c’est notre bon gré.

La miséricorde serait donc, pour eux, un attribut essentiellement divin, accordé par une Divinité omnipotente, supérieure et extérieure à l’humanité en récompense ou en gratitude à quelqu’un qui a plu. En conséquence, il faudrait mériter cette miséricorde.

Et pour mériter cette miséricorde divine, il faudrait faire preuve de miséricorde humaine, imitation de la miséricorde divine. C’est ce qu’explique bien Saint CESAIRE dans le texte qui suit :

« Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde. Le mot de miséricorde est doux, mes frères. Si le mot est doux, combien plus la chose ? Et alors que tous les hommes veulent l’obtenir, ce qui est malheureux, c’est que tous ne font pas ce qu’il faut pour mériter de la recevoir. Tous veulent recevoir la miséricorde, mais il y en a peu qui veulent la donner.

Toi, de quel front oses-tu demander ce que tu négliges de donner ? Il doit commencer par faire miséricorde en ce monde celui qui souhaite la recevoir dans le ciel. Aussi, puisque nous voulons tous la miséricorde, prenons-la comme protectrice en ce monde pour qu’elle nous délivre dans le monde à venir. Il y a en effet une miséricorde dans le ciel à laquelle on parvient par les miséricordes terrestres. L’Écriture l e dit bien : Seigneur, ta miséricorde est dans le ciel.

Il y a donc une miséricorde sur la terre et une autre dans le ciel, c’est-à-dire l’une, humaine et l’autre, divine. Comment définir la miséricorde humaine ? C’est que tu prennes garde aux misères des pauvres. Comment définir la miséricorde divine ? Sans aucun doute, c’est qu’elle accorde le pardon des péchés. »

D’après « l’Evangile selon le Spiritisme », nous trouvons la définition qui suit. Nous voyons qu’il n’est question ici que de miséricorde humaine. Selon ce texte spirite, la miséricorde est donc une qualité humaine. Je crois important d’insister sur ce texte puisque nous savons que le Père ANTOINE, avant de s’en séparer, a baigné dans une atmosphère spirite.

« La miséricorde est le complément de la douceur ; car celui qui n’est pas miséricordieux ne saurait être doux et pacifique ; elle consiste dans l’oubli et le pardon des offenses. La haine et la rancune dénotent une âme sans élévation ni grandeur ; l’oubli des offenses est le propre de l’âme élevée qui est au-dessus des atteintes qu’on peut lui porter ;l’une est toujours anxieuse, d’une susceptibilité ombrageuse et pleine de fiel ; l’autre est calme, pleine de mansuétude et de charité.

  Aimer son prochain comme soi-même ; faire pour les autres ce que nous voudrions que les autres fissent pour nous est l’expression la plus complète de la charité car elle résume tous les devoirs envers le prochain. On ne peut avoir de guide plus sûr à cet égard qu’en prenant pour mesure de ce que l’on doit faire aux autres ce que l’on désire pour soi. De quel droit exigerait-on de ses semblables plus de bons procédés, d’indulgence, de bienveillance et de dévouement que l’on en a soi-même pour eux ? La pratique de ces maximes tend à la destruction de l’égoïsme ; quand les hommes les prendront pour règle de leur conduite et pour base de leurs institutions, ils comprendront la véritable fraternité et feront régner entre eux la paix et la justice ; il n’y aura plus ni haines ni dissensions, mais union, concorde et bienveillance mutuelle. »

Nous constatons aussi que, pour les spirites, la miséricorde, si elle est essentiellement humaine, est considérée comme un don à faire à autrui. On doit se rapprocher d’autrui par le cœur et par compassion. Ce qui diffère de la définition chrétienne, c’est le fait qu’il ne s’agit pas d’un décalque, d’une imitation d’un attribut divin, effectué dans le but d’obtenir, à son tour, de DIEU, la véritable miséricorde qui serait purement divine. Il est vrai qu’un retour est aussi attendu, mais c’est l’établissement d’un état de concorde bénéfique pour tout le monde et non, donc, d’une récompense personnelle.

Chez le Père ANTOINE, nous trouvons le même raisonnement : nous pouvons dire que la miséricorde est la forme la plus accomplie de la charité morale. La miséricorde n’est pas une démarche de don après un examen, un jugement. La miséricorde est un état d’esprit, une disposition vis-à-vis d’autrui qui souffre ( matériellement, moralement ou physiquement ), disposition qui amène autrui à extérioriser sa souffrance, à la laisser partager. C’est ce qui admirablement exprimé dans le chapitre « LA CHARITE MORALE » : 

« L’homme qui travaille à remplir ses devoirs sait que la charité morale est autrement efficace que la charité matérielle et qu’elle donne aussi plus de satisfaction ; guidés par elle, nous pouvons marcher de l’avant ; notre conscience ne nous reprochera jamais d’avoir dépassé la mesure. Quand nous sentirons l’amour vibrer en nous, nous ferons couler les larmes, nous toucherons les cœurs, nous serons en harmonie avec notre enseignement et ainsi nous rendrons de très grands services ; car l’homme moral est consulté, écouté par tous ceux qui ont besoin de lumière. »

La miséricorde ne demande pas de jugement préalable comme le Père ANTOINE le dit dans le chapitre « LA FOI ET LA CHARITE » : 

« Nous pouvons analyser nos actes après leur accomplissement, mais avant ce serait encore de l’égoïsme, il s’introduirait un doute dans la pensée que nous devons toujours exécuter immédiatement après l’avoir reçue, puisqu’elle est inspirée par l’amour ; en ne le faisant pas, nous éteignons en nous le feu sacré, nous obéissons à la prudence et non à la foi. »

L’exemple d’amour n’a pas de lieu précis où s’exprimer. Il doit s’exprimer partout sans frontière : c’est un besoin de la création entière.

L’exemple d’amour ne connaît pas<de moment indiqué non plus. Il doit se montrer à toute occasion.

Celui qui souffre ne choisit ni son heure ni son endroit. Il a besoin d’aide, de compréhension et d’amour n’importe où et n’importe quand comme le Père ANTOINE le rappelle aussi dans le chapitre « LA CHARITE MORALE » : 

« …attendons-nous à ce qu’un de nos semblables surgisse tout à coup sur notre chemin ; mais ayons bien soin de ne pas y voir le mal, d’y voir plutôt l’instrument de notre progrès… »

 

 

 

 

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