15/03/2008

" ALTERITE", " VUE DU MAL" ET " CHARITE MORALE "

 

ALTERITE :

MOT AUX MULTIPLES SIGNIFICATIONS !

 

     Il y a ainsi, dans les articles sur la philosophie, la psychologie, la spiritualité, la religion des mots, des concepts « à la mode ». Il en est ainsi du terme « altérité ». Il devient difficile de lire un article où ce mot n’est pas, au minimum, cité.

     J’ai essayé d’en savoir plus à ce propos et de découvrir le concept qui, sous ce mot à la mode, se trouvait.

     Je dois bien avouer que je reste sur ma faim. J’ai trouvé tout et son contraire.

     Par exemple, je lis dans un article :

« …s’intéresser aux autres non pas comme une proie possible mais comme une altérité ».

     Ici, sans conteste, le mot « altérité » a une signification nettement positive mais dépend de la subjectivité de chacun : ou bien on considère autrui comme quelqu’un que l’on peut subordonner ou quelqu’un que l’on peut juger et condamner ( une « proie ») ou bien on considère autrui comme quelqu’un qui mérite reconnaissance, que l’on refuse de soumettre soit économiquement, soit physiquement soit moralement, en fait comme un égal ( une « altérité » ). L’altérité serait donc la caractéristique accordée à autrui mis sur le même pied que soi-même.

     Ailleurs, je trouve ceci :

« … l'allocentrisme ne saurait être associé à l'attitude d'altérité, en ce qu'il consiste plus à un entêtement plutôt que d'une démarche respectueuse d'autrui. »

     Donc, ici, comme c’est très bien souligné, l’altérité n’est pas une caractéristique accordée à autrui mais un comportement vis-à-vis d’autrui. L’altérité serait une démarche respectueuse. Nous restons quand même toujours dans le même ordre d’idée.

     Chez WIKIPEDIA, je découvre un texte qui donne au mot « altérité » encore un autre sens :

« La question de l'altérité, au coeur de toute vie sociale, pose les problèmes fondamentaux, certes de rapport à l'autre, qu'il soit étranger au sens strict (comme chez Montaigne, Diderot, Maupassant ou Césaire) ou plus généralement différent (c'est le problème également posé par Montaigne, puis par Molière), mais aussi de rapport à soi-même. La relation à l'autre, en effet, posant les problèmes fondamentaux de la différence et donc de la tolérance, effraie d'emblée ou dérange : dans la Grèce antique, l'étranger est qualifié de "barbare", associé d'emblée aux notions de sauvagerie, d'état primitif... A l'inverse, la différence peut également être conçue comme source d'enrichissement mutuel. »

     Ici, le mot « altérité » a un tout autre sens, tout à fait neutre : l’altérité, c’est la différence, l’espace, l’étrangeté qui existe par rapport à autrui. Cette altérité entraîne automatiquement un comportement soit négatif ( la peur, le dérangement, le rejet…) soit positif ( l’acceptation source d’enrichissement mutuel…).

     Ailleurs, dans une autre revue, je vois aussi que l’on parle d’altérité radicale ( l’animal étant l’altérité radicale pour l’homme ) ou d’altérité absolue ( le DIEU transcendant ).

     Dans un texte relatif à un colloque, je trouve ce commentaire:

« On le sait, la question de l'altérité est au coeur de la réflexion citoyenne. Dans ce cadre, l'enseignement de l'esprit de défense doit amener les élèves à s'interroger sur son objet : se défendre certes, mais se défendre contre quoi, et surtout, contre
qui ?
La tentation à laquelle il convient de ne pas céder, pourrait être, dans une logique du proche au lointain, d'assimiler différence et danger, méconnaissance et suspicion, altérité et inimitié, voire hostilité. Ce colloque devrait permettre d'actualiser ce qui fonde la nécessité d'une défense aujourd'hui ainsi que l'esprit qui doit l'accompagner. »

     On oppose donc ici « altérité » avec « inimitié » et avec « hostilité ». « Altérité » serait donc bien une attitude à avoir dans les relations avec autrui, mais un autrui différent. Ici, nous avons également un exemple de dérapage : la relation avec autrui différent est d’abord considérée sous l’angle de la défense ( c’est-à-dire du repli, de la méfiance )en prenant toutefois bien soin, est-il précisé, que cette « défense » ne se transforme pas en « inimitié » ou en « hostilité ». Cela risque de rester vœu pieux !

     Pourtant, je suis heureux de trouver cette remarque. Cela me rappelle le 5° principe :

 « Efforcez-vous d’aimer celui que vous croyez être votre ennemi, ce n’est que pour apprendre à vous connaître que je le place sur votre chemin. Mais voyez le mal plutôt en vous qu’en lui, il en sera le remède souverain. »

     Finalement, toute cette question d’ « altérité » est intimement liée à la notion antoiniste de « vue du mal ». Quiconque n’a pas compris cette notion de « vue du mal » est incapable de donner au concept d’ « altérité » son véritable sens.

     L'actualité a conféré au thème de l'altérité une importance souvent faite de sang et de haine, mais aussi de solidarité et d'affection. Promue par la mondialisation et aiguisée par le « réveil identitaire », les drames du développement ou de la pauvreté, l'idée d'altérité est fédératrice des passions de notre monde contemporain.

     Se reconnaître entre humains, sujets singuliers donc différents, permet de se parler.  Il semble néanmoins que la différence et la reconnaissance de l'altérité n'aille pas de soi.  Comment contribuer à cet apprentissage fondamental de l'altérité ?

     La différence et l'altérité sont inscrites dans le corps : l'étrangeté d'un sexe pour l'autre sexe signifie déjà que l'être humain n'est " pour lui-même " qu'en étant aussi " pour autrui ", dans une différence reconnue et jamais réduite.

     Les différences qui nous font réagir ( et, éventuellement adopter une attitude de méfiance, devenant rapidement défense puis hostilité ) sont, par exemple, la différence par le handicap, par la laideur, par la couleur de la peau, par l’origine ethnique, par la religion pratiquée ou par la façon de la pratiquer ou le refus d’en pratiquer une, par le comportement ou l’origine sociale ou l’appartenance politique, par l’éducation ou le niveau culturel…

     Mais nous trouvons-là, on le répète encore, toutes les conditions entraînant le « vue du mal ». rappelons-nous un passage du chapitre « LA CHARITE MORALE » : 

« Attendez-vous à ce qu’un de vos semblables surgisse tout-à-coup sur votre chemin , mais ayez bien soin de ne pas y voir le mal, voyez-y plutôt l’instrument de votre progrès. »

     La question de l’ « altérité » est indissociable de la notion de « vue du mal » et de « charité morale ». Malgré la dureté d'une situation, rien n'est jamais fermé ni éteint, c'est simplement une des facettes de la vie. Il faut, avec courage, avoir la capacité d'accepter une rencontre, une situation, inattendue.

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