18/12/2009

LE DON: UNE NOTION SOUVENT AMBIVALENTE.

 

LE DON:

UNE QUESTION DE SOCIETE AMBIVALENTE !

 

Nous nous trouvons dans la grande période de fin d'année, correspondant à la grande période des dons divers: Saint-Nicolas, Noël, étrennes, cadeaux, cartes de soutien...

 

Un grand nombre de circonstances sont l'occasion de dons plus ou moins traditionnels : les aumônes; les étrennes et autres cadeaux liés aux fêtes; les offrandes pour cérémonies religieuses ; les gratifications et pourboires ; les collectes en faveur de réalisations collectives ou effectuées à l'occasion de catastrophes, etc.

Ces cadeaux, ces dons devraient être « gratuits », « gratuits » dans le sens de « désintéressés ». Le mot « don » implique « donner ». « Donner », ce n'est pas « vendre » ! « Donner », ce n'est pas non plus « échanger » !

 

Nous voilà engagés dans une question bien plus ardue qu'elle ne paraissait au début. Quand on dit que « donner », ce n'est pas « vendre », cela semble n'être qu'une lapalissade. Pourtant, à bien y réfléchir: que signifie le verbe « vendre » ? « Vendre », c'est fournir un bien ou un service contre rémunération.

 

Il ne faut donc pas que le don soit une vente déguisée. Comment cela se pourrait-il ? Trop souvent «  Faire un don à quelqu'un » n'est rien d'autre qu'une action visant à prendre barre sur lui. C'est piéger l'autre, c'est en faire un obligé qui se sentira tenu de donner ( ou de faire ) quelque chose en échange.

 

Il ne faudrait donc pas que le don ne soit rien d'autre qu'une façon très adroite de mettre l'autre sous sa dépendance ou, en tout cas, de le placer sous la contrainte de réciproquer. « Donner » peut donc parfois se traduire par « contraindre à un retour ». Nous ne nous trouvons plus ici, si on ose une comparaison, dans la simple « vente » mais dans le contexte de « vente forcée ». Les faits de corruption commencent d'ailleurs bien souvent, subrepticement, par un simple « cadeau »: une croisière, le prêt d'un appartement pour les vacances, le « don » d'un accessoire, la réparation soit disant gratuite d'un appareil ou d'une voiture...

 

Comme toujours, on retrouve ces mises en garde dans les « Dix Principes »:

  • le quatrième: «  Ne dites jamais que vous faites la charité à quelqu'un qui vous semble dans la misère... »;

  • le dixième: «  ...sachez qu'une grande épreuve sera votre récompense si vous l'humiliez en lui imposant le respect... »

 

Pour être véritablement un « don », le don doit se faire sans esprit de retour. Sur le « don » pèse souvent l'ombre d'une contrainte psychologique, parfois seulement inconsciente mais bien réelle même si, la plupart du temps, elle n'est pas exprimée.

 

Comme souvent, nous trouvons dans l'ENSEIGNEMENT des passages qui peuvent être rattachés à ce problème. C'est le cas dans le chapitre «  LE DESINTERESSEMENT ET LA FOI »: 

 

«  Le désintéressement n'est pas toujours compris; il est pourtant la base des vertus que sans lui on ne pourrait pratiquer.

Quand nous avons la pensée de faire la charité, nous donnons; mais notre acte est-iltoujours charitable ? Nous ne devons pas voir celui qui reçoit, car c'est un malheureux qui ne comprend pas, qui n'a ni les vertus, ni la foi pour se maintenir dans le bon chemin et se procurer le nécessaire. La vraie charité a pour base l'amour, trouve en elle sa récompense; son bonheur est parfois si vif qu'aucune parole ne pourrait en rendre la profonde émotion. Mais tant que nous posséderons un atome de matière, nous ne pourrons jouir du désintéressement complet; cette vertu est inséparable de toutes les autres que nous devons acquérir par notre travail »

 

Bien sûr on pourra objecter qu'ici le Père ANTOINE fait surtout état du don fait par charité. Attendons la suite: 

 

«  Quand nous donnons, n'est-ce pas l'espoir d'une récompense ou la crainte du remords qui nous fait agir plutôt que le feu sacré ? Notre esprit se débat souvent au milieu de pensées contradictoires, dans l'inquiétude de ne pas secourir à bon escient; or il importe peu que celui qui demande notre assistance manque ou non du nécessaire; la valeur matérielle du don ne compte pas davantage. Notre émotion, voilà la chose essentielle et la sanction de notre acte. Nous touchons ainsi à un fluide éthéré qui fait notre bonheur tout en réconfortant la personne obligée. »

 

Les dons représentant l'abandon d'une part importante d'une fortune personnelle s'appellent «  philanthropie ». Cependant la philanthropie, sans qu'elle soit à condamner, bien au contraire, n'empêche pas la recherche de retombée directe ou symbolique. On peut citer le désir de perpétuer leur mémoire ( les fondations ). mais parfois aussi une intention de récupérer commercialement plus tard. Plus généralement,sur le plan religieux, la "générosité" pratiquée sur Terre est assez souvent un gage d'amélioration de sa condition dans l'au-delà. Nous retrouvons là le fameux « trafic des indulgences » dénoncé par LUTHER en son temps.

17:55 Écrit par P.B. dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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