19/01/2010

LA PITIE, UN TERME EQUIVOQUE.

LA PITIE, UN TERME EQUIVOQUE.

Avons-nous réellement pitié d'autrui lorsque nous disons "Il ou elle me fait pitié", ou « J'en ai pitié ».On dit avoir pitié, prendre en pitié mais, le plus souvent, on se limite à cette phrase, on ne fait rien pour venir en aide. Ce n'est pas donc réellement de la pitié. La plupart des gens disent avoir pitié du malheureux mais,en fait, inconsciemment, ce qu'ils redoutent surtout c'est d'être touchés un jour par le même malheur. La vue du malheur chez quelqu'un d'autre fait peur. Par exemple, quand on voit une vieille personne atteinte de sénilité, on se voit soi-même vingt ans plus tard et on a peur de l'avenir. Ce que l'on éprouve, c'est, anticipativement, de la peur.

 

En réalité, il est beaucoup plus facile, après avoir déclaré que l'on a pitié, de considérer que cette seule manifestation exonère sa conscience. On préfère alors les ignorer plutôt que de s'arrêter un instant et de se pencher sur eux pour leur venir en aide ou, simplement, les réconforter.


C'est aussi parce que ce serait faire examen de conscience et admettre publiquement que nous voyons ces malheureux souffrir sous nos yeux depuis des années sans avoir jamais rien fait pour eux. Ce serait reconnaître qu'on fait semblant de ne pas les voir par égoïsme. Alors reconnaitre que l'on ne prend pas ces gens en considération, surtout pas, cela remettrait en cause toute l'image que l'on a de soi-même.


En fait, prendre quelqu'un en pitié peut parfois rendre la situation pire en l' encourageant à se lamenter sur lui-même ou en l' encourageant à être en colère. On peut se rappeler ce qui est dit dans la première partie du dixième principe « Ne pensez pas faire toujours un bien lorsqu'à un frère vous portez assistance, vous pourriez faire le contraire entraver son progrès... »


Mais est-ce pour cela une raison de ne pas venir en aide ? Non, le quatrième principe nous dit le contraire, il nous demande seulement la discrétion. Mais on y considère qu'aider son prochain est une chose naturelle qui ne demande aucune louange en retour.


Cependant, on préfère s'arrêter à la première remarque ( … la pitié peut rendre la situation encore pire...). Mais comme on se rend compte que c'est insuffisant comme justification, on en cherche d'autres: si je commence à l'aider, ce malheureux, si je lui ouvre mon coeur, jusqu'où cela va-t-il me conduire ? Se satisfera-t-il de ce que je lui donne? Se contentera-t-il d'une petite aide financière ? Ne va-t-il pas s'incruster ? ne devrai je pas l'inviter à partager mon repas ? Et après le repas, ne va-t-il pas vouloir rester ?


Est ce que cela sera suffisant pour me donner bonne conscience? En fait il peut nous arriver de partir plus honteux que l'on est venu pour donner une pièce. Effectivement, on craint que ce malheur nous touche. Et dans la mesure ou nous ne sommes qu'un, évidemment que ce malheur nous touche, mais nous préférons croire que non et nous confondre en excuses.


Il y a aussi la pitié qui est de la compassion et la pitié qui est de la condescendance, voire du mépris. Il sera sans doute souvent préférable parce que plus réel d'utiliser soit le mot « mépris » ou le mot « compassion », plutôt que le mot « pitié » lorsque l'on veut décrire les sentiments éprouvés parce que ce sont des mots sans équivoque.

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