09/03/2011

QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR "PECHES CAPITAUX" ?

 

LES PECHES CAPITAUX.

 

Pour débuter, un petit passage du chapitre « L'ARBRE DE LA SCIENCE DE LA VUE DU BIEN »:

 

« Voilà de quelle façon l'intelligence nous dirige; de nature envieuse, elle nous tente à croire que nous serions plus heureux si nous possédions ce qui ne fait que la souffrance des autres. Alors même que cela ne me serait pas révélé, la situation actuelle de l'humanité ne nous impose-t-elle pas le devoir de s'acquérir l'amour, elle se pénètre de plus en plus d'imperfections. C'est la raison qui nous démontre que la science est la vue du mal; nous ne dirons pas du bien puisque celui(ci lui est ignoré. Rendons-nous en compte et nous reconnaîtrons que les besoins factices nous dirigent dans le sens opposé à notre amélioration, qu'ils nous obligent à marcher vers le malheur plutôt que vers le bonheur; nous en sommes véritablement l'esclave car ils nous font dépasser en tout la mesure du nécessaire. Voilà où nous voyons que l'intelligence est le siège de notre imperfection, l'âme de tous nos vices. Si elle était ce qu'on la croit généralement, pourrait-elle nous diriger de la sorte ? Il est donc vrai qu'elle ne peut supporter la réalité, puisqu'elle prend plaisir à la dénaturer, elle cherche jour et nuit les moyens d'y parvenir. Quand nous voudrons examiner consciencieusement les effets de notre intelligence, nous reconnaîtrons que ce sont nos caprices et nos vices qui nous divisent, proportionnellement à son développement. Mais elle ser refuse à nous montrer notre esclavage, elle nous porte, au contraire, à nous croire plus heureux que d'autres qui sembleraient moins intelligents que nous. »

 

Long développement ! Mais, si l'on y réfléchit bien, si l'on pèse bien tout, nous trouvons dans ce texte tout le mécanisme, toute la définition de fameux « péchés capitaux ».

 

On retrouve la notion de « péchés capitaux » dans diverses religions, surtout la religion catholique et l'islam.

Chez les catholiques, les « péchés capitaux » sont les prédispositions plutôt que de véritables péchés dont découlent les véritables péchés. Ainsi, le mot « capital »ne signifie en aucune manière que cela est grave. Quand on lit la liste, on trouve des « péchés » qui ne sont rien d'autres que des choses d'apparence quotidienne et qui ne portent parfois guère à conséquence. Par exemple, le meurtre n’y figure pas.

 

Le moine Evagre le Pontique(346-399) est le premier à avoir énoncé et systématisé la pensée ascétique chrétienne et inventé le système des « péchés capitaux » qu'il énumérait au nombre de 8 :

  • gourmandise,

  • impureté,

  • avarice,

  • mélancolie (= acédie), ( = paresse intellectuelle )

  • colère,

  • paresse,

  • vaine gloire

  • orgueil.

 

La liste actuelle est citée par ldont la dernière version date de 1997 a été influencée par Saint Thomas d'AQUIN d au  13°siècle. Il y mentionne bien que certains d'entre eux ne sont pas en eux-mêmes à proprement parler des péchés , mais plutôt des vices , c'est-à-dire des tendances à commettre certains péchés.

  • L’orgueil : attribution à ses propres mérites de qualités vues comme des dons de Dieu (intelligence, etc.)

  • L’avarice  : accumulation des richesses recherchées pour elles-mêmes.

  • L'envie: la tristesse ressentie face à la possession par autrui d'un bien, et la volonté de se l'approprier par tout moyen et à tout prix .

  • La colère : entraînant parfois des actes regrettables.

  • la luxure  : plaisir sexuel recherché pour lui-même.

  • La gourmandise: ce n'est pas tant la gourmandise au sens moderne qui est blâmable que la gloutonnerie, cette dernière impliquant davantage l'idée de démesure et d'aveuglement que le mot gourmandise.

  • La paresse, anciennement l'acédie, terme disparu du langage courant défini comme « une forme de dépression due au relâchement de l'ascèse ». Il s'agit en effet de paresse morale.

 

Les Péchés capitaux en Islam  sont au nombre de sept également, mais sont différents:

  • L'idolâtrie.

  • Le meurtre.

  • La sorcellerie.

  • L'usure.

  • La prise des biens de l'orphelin.

  • La désertion.

  • L'accusation de fornication des femmes croyantes.

 

On remarquera, ici, que la notion de gravité apparaît. Ce ne sont plus des tendances, des dispositions qui sont visées mais bien des « péchés ». Il y a donc une notion d'échelle dans les péchés. C'est donc différent du mécanisme décrit par le Père ANTOINE et de l'acception catholique.

 

 Cela nous rapproche plutôt de l'idée de « péché mortel » de l'Eglise catholique. On en trouve la trace dans la Bible (« Proverbes 6:16-19 »):

«Il y a six choses que le Seigneur déteste et ne supporte absolument pas :

  1. le regard orgueilleux,

  2. la bouche qui trompe,

  3. les mains qui font couler le sang innocent,

  4. l'esprit qui projette l'injustice,

  5. les pieds qui courent faire le mal,

  6. le faux témoin qui débite des mensonges. Plus une septième:

  7. l'homme qui sème la discorde entre frères. ».

 

De son côté, Paul VALERY fait remarquer que ces péchés capitaux se neutralisent entre eux dans une certaine mesure.

Ainsi l'envie – qui implique jalousie de la position d'autrui – serait relativement incompatible avec l'orgueil. Un orgueilleux estime rarement la position d'autrui comme aussi enviable que la sienne propre (mais il peut jouir de l'abaissement ou du malheur d’autrui).

De même l’avarice s'opposerait dans les faits à la pratique de la luxure, etc. Il en arrive à la conclusion, présentée sous une forme poétique, que « la perfection du juste est formée de la bonne composition des sept péchés capitaux, comme la lumière blanche de la composition des sept couleurs traditionnelles »

 

Quant à Georges BERNANOS il estime que le système économique rendra toujours plus rentable le fait de spéculer sur les vices de l'homme que sur ses besoins. Il voit donc la société marchande comme un facteur de corruption si elle n'est pas équilibrée d'une manière ou d'une autre par une sorte d'idéal. La publicité serait porteuse de propagande des péchés capitaux, ceux-ci seraient donc utilisés afin de servir les ventes. Il suffit, à titre d'exercice, de prendre une série de publicités et de voir quel est le (ou quels sont les) péchés capitaux sollicités par chacune d'entre elle.

 

L'archevêque GIROTTI a ajouté une liste de « péchés modernes ».

Car «si hier le péché avait une dimension plutôt individualiste, il a aujourd'hui une résonance surtout sociale en raison du large phénomène de la mondialisation».

Le salut de l'âme serait menacé par «des violations des droits fondamentaux de la nature humaine, avec des expériences et des manipulations génétiques». Sus donc au clonage, aux ogm, à la pollution… qui violeraient «les droits fondamentaux de la nature humaine». 

Mgr Girotti évoque également le péché social: le trafic de drogue, les inégalités économiques et sociales au sujet desquelles l'archevêque constate «les pauvres deviennent encore plus pauvres et les riches encore plus riches». 

 

Un sondage a été opéré parmi la population au sujet de la connaissance des « péchés capitaux ». Il en ressort une liste de conduites généralement blâmables dont on trouve de nombreux exemples dans le monde actuel que l'on pourrait considérer comme de « nouveaux péchés capitaux »:

 

  • la violence;

  • le fanatisme;

  • la drogue;

  • la pollution;

  • l'intolérance;

  • le gaspillage;

  • l'indifférence;

  • le mensonge;

  • la passivité.




 


 

19:45 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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