06/05/2011

LA PRUDENCE: EST-CE VRAIMENT TOUJOURS UNE VERTU ?

SUR LA PRUDENCE.

 

Encore une fois, dans l'ENSEIGNEMENT antoiniste, nous trouvons un texte, une définition qui prend le contre-pied de l'acception commune. Ainsi en est-il de la prudence.

 

En général, la prudence est vantée et recommandée. La prudence est même considéré comme une vertu cardinale.

 

Nous trouvons, dans l'ENSEIGNEMENT antoiniste, un texte qui semble dire l'inverse, qui semble la stigmatiser. C'est ce passage du chapitre « LE BIEN, INTERPRETE AU POINT DE VUE MATERIEL, EST OPPOSE A LA REALITE »:

 

«  Je le répète, le plus grand des obstacles à notre amélioration, c'est la prudence. Si nous étions plus certains que nous pouvons commettre plus de mal que notre nature n'en possède, nous ne nous appuyerions plus sur cette vertu matérielle puisqu'elle nous emp^che d'agir loyalement et sincèrement; elle est opposée à la foi qui nous rend à même de respecter en tout le naturel tandis que la prudence le falsifie. Elle nous égare car elle revêt d'une fausse honnêteté en nous donnant la crainte de perdre l'estime de notre semblable. Rien n'est plus juste que ce raisonnement car si nous voyons le bien dans le mal et le mal dans le bien, elle ne peut que nous faire agir contrairement puisqu'on n'y recourt que par la vue du bien qui est le mal. Je l'ai révélé, bien et mal sont corrélatifs, des termes de comparaison appropriés seulement à l'imperfection; disons que la prudence anéantit l'efficacité de toute épreuve en la détournant de la réalité.

Aussi longtemps que nous rechercherons la cause de l'épreuve, notre doute nous développera la prudence puisqu'elle n'en est que la conséquence. »

 

Je disais, plus haut, que penser que la prudence est une vertu de base comme semble le dire le christianisme. On peut s'imaginer que c'est partir au combat contre le christianisme.

 

Ce n'est pas de cela qu'il est question, seulement d'une façon d'interpréter cette faculté, cette disposition. N'utilisons pas le mot « vertu ».

 

C'est pourquoi, pour dissiper toute équivoque, je fais appel à quelques citations de penseurs chrétiens qui vont dans le même sens.

 

Ainsi, le Cardinal MERCIER quand il dit: « Quand la prudence est partout, le courage n'est nulle part. »

 

Et l'Abbé PIERRE: « La vie est plus belle que la prudence. »

 

Citons aussi Jean DUTOUR: « L'illusion des lâches est de croire qu'avec beaucoup de prudence, on peut échapper à son destin. »

 

C'est, finalement, en lisant ces citations que l'on comprend mieux la position critique du Père ANTOINE à propos de la prudence. La prudence ne serait pas une vertu comme on l'a dit mais plutôt la manifestation d'une tiédeur dans les convictions. La prudence ne serait-elle pas aussi, parfois, la manifestation d'un manque de foi ? La prudence ne serait-elle pas aussi, parfois, le signal que, placés devant un choix de vie, nous pesons d'abord les avantages et les inconvénients pour notre bien-être personnel. Dans ce cas, faire preuve de grande prudence ce ne serait que faire preuve d'un manque de désintéressement. La prudence ne serait-elle pas, aussi, le signe que nous sommes obnubilés par cette maudite vue du mal ? C'est parce que nous avons tendance à voir le mal chez tout le monde et en tout que nous avons, par réflexe, recours à la prudence. La prudence ne nous amènerait-elle pas, aussi, souvent à camoufler notre naturel, à sortir de la sincérité, à paraître différents de ce que nous sommes réellement ?

 

Pour alimenter la réflexion, j'ai puisé quelques passages de l'Enseignement qui se rapportent à ce problème.

 

D'abord un extrait du chapitre « COMMENT NOUS PROGRESSONS »:

 

« Ne perdons jamais de vue, mes enfants, que sortir de la sincérité, c'est sortir de la vérité et par conséquent faire un mal. L'exemple est tout; on ne devrait s'appuyer que sur l'amour parce qu'il est seul la base de toute puissance et de toute régénération. Cet amour naît de la foi et celle-ci est le fruit de notre expérience acquise par le travail moral. Si nous nous exprimons en toute sincérité, avec la bonne intention d'être utiles à nos semblables, ce n'est plus nous qui enseignons, c'est DIEU Lui-même, mais nous ne pouvons atteindre à Lui que par la foi qui est la clé de toutes les autres vertus.

Ainsi améliorés, nous serons toujours sincères; car la sincérité est le contrôle de la raison, la photographie du coeur et l'image de l'amour. »

 

Le Père ANTOINE aborde la question de la tiédeur des sentiments dans le chapitre « LA FOI SAUVEGARDE CONTRE LA MAUVAISE PENSEE »:

 

«  J'ai dit que les pensées puisées dans les ténèbres nous plongent dans l'abîme, nous surchargent d'un fardeau qui nous paralyse. Entourés de ce fluide, nous n'avons plus cette ardeur de dévouement dont noussommes animés au milieu du fluide éthéré et nous souffrons de ne plus être à la hauteur de ce que nous avons compris. »

 

Mais cela veut-il dire que nous devons condamner absolument une prudence minimale ? Cela veut-il dire que toute action spontanée est, par définition, bonne ? Cela veut-il dire que nous devons abandonner toute réflexion ? Non; Pour preuve, ce passage du chapitre « ÊTRE OU PARAÎTRE »:

 

« Nous avons montré combien le travail moral est nécessaire à quiconque veut abréger sa route et s'épargner des tribulations de tous genres; je n'en connais guère de plus utile que d'analyser ses pensée, d'en rechercher la source bonne ou mauvaise; si elles sont dues à une imperfection et qu'elles séjournent en nous quelque temps, nous l'avons déjà dit, elles seront bientôt suivies d'autres qui pénétreront plus profondément dans les ténèbres et nous ne traderons pas à en être tourmentés; elles nous causeront autant de désagrément que nous avons eu de plaisir à les manier. C'est payer cher la satisfaction d'un moment et nous devons éviter ces sortes de repos entre deux épreuves; dans ces intervalles, tâchons au contraire de nous défaire de nos faiblesses, de repousser les tentations; n'oublions pas que l'esprit n'est jamais inactif, que les bonnes pensées dispersent les mauvaises qui ne pourraient que nous accabler davantage. On reconnaît la maçon à la muraille. A l'oeuvre donc dans ces moments de répit ! Nous y ferons un progrès, nous y trouverons le remède et le bonheur. »

 

Faire preuve d'excès de prudence, c'est s'abonner à la tergiversation. Ce n'est bien souvent que la recherche de prétextes, de faux-fuyants, de motifs de toutes sortes qui nous enfoncent dans le repli, l'abandon de l'amémioration. Ainsi, nous trouvons dans le chapitre « LE MOI CONSCIENT & LE MOI INTELLIGENT » ce passage qui décrit bien cet état d'esprit pour nous mettre en garde:

 

«  Bien que nous cherchions à nous améliorer, nous ne sommes pas toujours à la hauteur de la tâche. Nous laissons l'inspiration en souffrance et elle est aussitôt remplacée par une pensée qui apporte le fluide d'épreuves. Nous savons que les fluides de même nature sont assimilables, un mauvais engendre de plus mauvais encore, tandis qu'un bon en attire de meilleurs. Quand elle n'est pas négligée, la pensée d'une oeuvre utile est immédiatement assimilable à une autre qui fait notre récompense parce qu'elle contient plus d'amour pour exécuter un nouvel acte. Nous remplissons ainsi successivement nos devoirs journaliers. Aussi longtemps que nous travaillons de la sorte, nouss ommmes heureux, nous perdons de vue les mille et une choses qui pourraient nous porter obstacle, nous nous dirigeons ainsi par la conscience.

Nos pensées sont ainsi de bonne source, suivant notre avancement, quand nous le voulons. Mais si peu qu'elles laissent d'intervalle, la faiblesse, toujours en éveil, nous prend à l'improviste, elle nous attire un fluide épais, coupant ainsi littéralement celui qui nous reliait aux vertus. Cette irruption nous fait transgresser la loi de la pensée progressive, parce que nous avons puisé à deux sources pour exécuter l'acte qu'elle nous commande. »

20:02 Écrit par P.B. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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